1,3 milliard de Chinois… et moi, et moi, et moi

Notre chemin de vie (Photo MH / Sans objet sans déchet)

En Europe, le 11 novembre est un jour férié, qui nous sert à commémorer la fin d’une tragédie innommable, qui a vu plus de 20 millions de personnes périr dans un conflit dont aujourd’hui encore on étudie avec sidération les sources. Selon les lectures qui en sont faites (et sans doute sont-elles toutes justes), on verra dans ce conflit l’exacerbation des nationalismes, le choc ultime des empires coloniaux, l’arrogance obstinée des élites au détriment du bien-être des peuples, la catharsis du capitalisme mettant à profit les rivalités politiques pour vendre et innover, et bien d’autres logiques infernales qui se nouèrent en juillet-août 1914 et durant quatre longues années de combats insensés, boueux et sanglants. Et, puisque les leçons ne furent pas tirées, durant les trente années qui suivirent encore.

C’est de cela que notre 11-Novembre est la mémoire.

22 milliards de dollars d’achats en Chine le 11 novembre

En Chine toujours communiste, le 11 novembre n’est pas non plus un jour comme un autre. Là-bas, ce jour-là, on commémore une autre catharsis, dans une communion frénétique qui, depuis 2009, rassemble de plus en plus de contempteurs. Ce jour-là, des centaines de millions de Chinois se ruent sur le site de vente en ligne Alibaba, créé par le généralissime Jack Ma, pour truster les offres promotionnelles proposées par quelques 140 000 commerces. Résultat : plus de 22 milliards de dollars d’achats, réalisés à plus de 90 % par smartphone, soit le PIB d’un pays comme le Honduras en 24 h.

Sur le site du Nouvel Obs, Sébastien Badault, le responsable de la filiale française d’Alibaba, s’extasie :

« Ce que je trouve fascinant avec cette journée, c’est l’aspect « laboratoire commercial ». La Chine est en train d’inventer le commerce de demain. On arrive à marier le commerce électronique avec le commerce traditionnel. L’an dernier, on avait lancé un jeu virtuel sur les smartphones, sur le modèle des Pokemon Go : il s’agissait d’aller attraper un chat virtuel, dans les chaînes de café comme les Starbucks. Il vous rapportait des réductions et 100 millions de Chinois ont participé à ce jeu. Du coup, cette année, on a élargi le concept à une soixantaine de réseaux commerciaux, dont les boutiques l’Occitane : ça relance la fréquentation dans les centres commerciaux, qui souffrent en ce moment en Chine.

On crée aussi des boutiques éphémères dans 52 centres commerciaux situés dans les plus grandes villes : on y trouve un grand miroir interactif, qui permet d’essayer des vêtements virtuels et de les commander, ou de tester tous les maquillages de l’Oréal. Nous avons aussi décidé d’aller dans la Chine des petites villes, en équipant 100 000 petits commerçants traditionnels de dalles numériques et de logiciels, pour qu’ils puissent mieux gérer leurs stocks et accepter des paiements via la reconnaissance faciale. Ce sont des petites boutiques où jusqu’à présent, il n’y avait aucun équipement sophistiqué, tout s’y faisait à la main.

[…] Tout le pays se prépare depuis 24 jours à faire ses achats le 11 novembre. Les promotions seront dévoilées au fil des heures, pendant 24 heures. Certains ne dormiront pas pour n’en rater aucune. C’est 24 heures de folie, essentiellement sur téléphone. »

Catastrophe autrement plus grave que celles du XXème siècle

Je ne vais évidemment pas verser dans les comparaisons historiques douteuses, en essayant un parallèle entre nos deux 11-Novembre, le choc des empires, l’arrogance des élites, l’embrigadement des petits soldats du peuple, le capitalisme seul vainqueur final de la bataille…, les choses sont bien plus complexes que cela. Ni même tirer un lien entre ce 11-Novembre-là et l’annonce récurrente d’une augmentation permanente des émissions mondiales de gaz à effet de serre, qui nous conduit collectivement à une catastrophe autrement plus grave que celles du XXème siècle.

Je vais juste laisser m’en tomber les bras et, en mobilisant beaucoup moins de courage qu’il ne leur en fallut sans doute, faire comme les mutins de 17, aujourd’hui réhabilités : dire non.

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