La peur du voleur

Mes herbes aromatiques (Photo MH / SOSD)

Le téléphone sonne. Numéro masqué : « Cellule anticambriolage de la police nationale, votre jardin a été visité ». Sur place, Marc et moi découvrons le grillage cisaillé, la porte du cabanon ouverte, une grelinette manquante. La police nous incite à déposer plainte, une dizaine d’autres jardiniers est victime d’une petite équipe de cambrioleurs, qui opère en scooter avec une remorque à l’arrière. Ils volent des outils ou ce qu’ils trouvent dans les gloriettes plus ou moins équipées, pour les revendre quelques dizaines d’euros. Nous nous exécutons, désireux que les détériorations s’arrêtent, mais sans espoir ni désir de réparation.

« Les cambriolages, sport national »

Nous discutons une petite demi-heure avec les agents de police, qui nous conseillent de fermer notre appartement à double tour quand nous sommes absents (nous ne faisons que claquer la porte 9 fois sur 10) et de verrouiller les portes fenêtres donnant sur le balcon la nuit, même au troisième étage. « Les cambriolages, c’est devenu le sport national, note le policier. Même pour 150€, les voleurs rentrent chez les gens la nuit, prennent même des trucs sur les tables de nuit quand vous êtes dans votre lit… » Il le dit sans chichi, pas pour nous faire peur, presque résigné.

En rentrant, je m’étonne de ne pas m’être sentie plus indignée que cela en pénétrant dans notre jardin fracturé. Marc, lui, s’amuse des conseils sécuritaires du policier : « Y a rien à voler chez nous, de toute façon ». Mais ça, les voleurs ne le savent pas. Ils ne prennent pas le temps d’apprécier la sociologie de l’habitant, passent de jardin en jardin, d’appartements en maison… Même très peu équipé en matériel de valeur, bureautique, hifi, télé, etc., sans bijou ni argent liquide, le fait même d’habiter dans un quartier résidentiel fait de nous une cible.

Le minimalisme nous protège de la paranoïa

En revanche, si l’idée de trouver un jour notre nid visité par des importuns ne me ravit pas, le fait de n’avoir pas peur de manquer, de ne pas avoir forcément à racheter tel ou tel produit que je jugerais indispensable, de ressentir une forme de détachement par rapport aux artefacts qui, de moins en moins nombreux, peuplent notre espace, m’apaise et me protège de toute paranoïa. Je plains sincèrement les deux bougres en garde à vue depuis 2 jours pour quelques outils de jardin, et remercie ma vie de ne pas me conduire à prendre de tels risques pour si peu.

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