[Marc] A la casse, Titine passe au don d’organes

A la casse… (Photo SOSD)

C’est censé être un centre agréé pour la déconstruction des VHU, entendez Véhicules Hors d’Usage. Agréé par qui ? Par le ministère de la transition écologique et solidaire lui-même. Il faut avoir le cœur écolo bien optimiste pour se convaincre que c’est mieux qu’une casse automobile bien grasse comme on peut en voir encore trop. Mais bon, c’est agréé, on ne va pas chipoter.

Odeur d’huile de moteur rance

C’est au fin fond de la cambrousse illkirchoise, de l’autre côté de la rocade, oui, à droite après le second rond-point. C’est glauque, mais c’est peut-être l’activité qu’on y pratique qui donne à cet endroit cet aspect carphanaümesque et cette odeur d’huile de moteur rance : il faut sans doute ça pour désosser les cadavres automobiles et recycler leurs organes.

C’est en tout cas là que j’ai laissé Titine, 18 ans et plus de 260 000 kms au compteur, dont nous avons décidé de nous défaire, effrayés par les résultats de son dernier contrôle technique et séduits par la promesse d’aventures de Valentin, notre rutilant camping-car.

Titine n’a pas passé son test vital, le centre agréé va la « déconstruire » comme on dit maintenant, pour donner une seconde vie à ses organes les moins atteints. On les imagine nombreux, quand même, non ? demandai-je au tenancier, tandis que, de ses mains noires de cambouis, il paraphait l’acte de décès.

« On reprend les pièces de carrosserie, mais les vôtres sont rayées »

– Généralement, me répond-t-il, on reprend les pièces de carrosserie, mais je vois que les vôtres sont pas mal rayées (on parle de la carrosserie de Titine, s’entend)… Bon ok, l’autoradio, c’est sûr, les sièges peut-être, le pare-brise et les vitres aussi.

– C’est tout ?

– Pour les pièces mécaniques, moteurs, châssis et tout ça, on verra en les démontant.

– OK, après l’autopsie, quoi.

– Oui, c’est un peu ça. On autopsie et on voit ce qu’on peut récupérer. Le reste partira au broyeur.

Je ne peux m’empêcher de me demander ce que l’on pourra, quand ce sera mon tour, récupérer : certainement pas mes yeux, miro comme je suis depuis l’âge de 9 ans ; encore moins mes oreilles, Marie me traitant de dur de la feuille à longueur de journée ; mon foie s’en sortira peut-être, si ma naturo m’accompagne encore longtemps… Mon cœur aussi, maintenant que le cardiologue peut m’oublier. Et le reste partira au compost.

Compter et soigner ses abattis, pour espérer les recycler après trépas, fait-il partie d’une démarche Zéro déchet ? C’est le croque-mort au cambouis qui a le dernier mot : il y a toujours quelque chose à récupérer.

4 commentaires sur “4”

  1. Pourquoi dit-on « une » voiture, « une » automobile mais « un » camping car ? N’est-ce pas une erreur de traduction ? Il ne s’agit pas d’un autocar ou un autobus mais bien d’une voiture dans laquelle on peut dormir ! Selon cette logique, votre véhicule devrait s’appeler Valentine…
    Quand Marie était petite, sur le chemin de l’école, elle croisait tous les jours un homme et son chien, plutôt dire un homme et son veau, tellement le chien était grand ! Plus grand que la petite Marie ! Le chien-veau répondait au nom de Jean-Paul…et elle trouvait ça si ridicule : un animal qui porte le nom d’un être humain ! du moins respirait-il… Alors un objet animé d’un seul moteur (diesel polluant pour les puristes) ? Bon, on leur pardonne…ils ont sur qui se baser : il y a bien le bon vieux robot Marie (vintage) pour les carottes râpées et lessive centenaire aux cristaux de soude…comment l’appelle-t-on déjà ?
    Bonne route !

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