[Marc] Philosophie de l’Elasto

Philo de l’Elasto (Photo SOSD)

En décembre dernier, je me suis fracassé le quatrième orteil de mon pied gauche sur un coin de lit. Sur le coup, chacun l’a testé, ça fait un mal de chien. Mais bon, passé la première bouffée de douleur, ça s’est calmé et, le lendemain, j’ai pu bouger mon orteil sans que ça me fasse sauter au plafond. Je me suis dit que, rien de cassé, ça va se résorber, cool.

« Vous attendez qu’il tombe ou que la gangrène vous arrive au genou ? »

Que nenni. Plus de trois mois plus tard, mon orteil était toujours enflé, avait pris une couleur rougeâtre virant au noirâtre et me lançait des piques à couper au couteau, qui m’irradiaient jusqu’au nombril. Marie : “Qu’est-ce que vous attendez pour aller consulter ? Qu’il tombe ou que la gangrène vous arrive au genou ?” Bonnes questions.

Outre mon penchant procrastinatoire désormais bien connu, nourri par la certitude que « ce n’était pas cassé », je m’étais peut-être inconsciemment rappelé que, dès qu’on franchit le palier d’un toubib, d’une pharmacie ou, pire, d’un hôpital, on ne pouvait qu’oublier ses résolutions minimalistes et zéro déchet. Voir mon expérience sanguine d’il y a quelques semaines. Aller se faire soigner, c’est remplir sa poubelle.

Mais, à la réflexion, notre défi SOSD valait-il que je souffre à ce point ? Mon orteil bleuâtre devait-il pâtir du même minimalisme que, des objets, nous aurions décidé d’élargir aux corps ? Non. Je me laissai convaincre de filer aux urgences.

Evidemment, ça n’a pas loupé.

La radio : direction la déchèt’

Et hop, une radio, belle au demeurant, très nette, sans cassure, ni fêlure. Mais direction…, quoi, tiens ? Poubelle ? Déchèterie ? Serrurier (oui, les radios sont très utiles pour ouvrir des portes aux clefs perdues, peut-être l’ignoriez-vous…) ? Je vérifie : direction déchèterie ! A noter que de plus en plus de radios sont désormais consultables par internet, dès lors que le centre de radiologie y est abonné. Celui de la clinique Sainte-Anne l’est, mais cela ne l’a pas empêché de me donner ma radio jetable. Pas encore totalement versé à l’ère numérique…

Et hop, un superbe bandage à l’Elastoplast (bande adhésive*), qui « solidarise » mon orteil meurtri avec son voisin sain, pour le maintenir au calme, histoire de dégonfler son hématome. « Vous avez vu comment j’ai fait ? Changez le truc tous les 3 jours, pendant 15 jours et vous pourrez gambader comme une gazelle…! » Youpie, merci, docteur.

Je passe à la pharmacie, pour acheter le rouleau d’Elasto (exception d’urgence sanitaire à notre charte SOSD), en lui laissant les anti-douleurs et anti-inflammatoires généreusement prescrits (efficacement remplacés par quelques gouttes d’huile essentielle de gaulthérie, vive la Sécu !). Et me voilà à renouveler mon pansement, tous les trois jours, avec un grand soulagement. Elasto et gaulthérie font merveille, mon orteil désenfle vite et retrouve des couleurs de nouveau-né.

Mon orteil désenfle, mais… ma poubelle gonfle

C’est le problème de l’écologie : le confort. L’Elasto, c’est cool, pratique, simple (à part que ça arrache les poils à faire hurler). Sans cette invention géniale, on en serait à la bonne vieille bande Velpeau, voire au plâtre, qui aurait interdit de remettre sa chaussure et m’aurait vraiment handicapé pendant des jours. Là, application facile, même un amateur s’en sort, ça tient ferme (genre sparadrap de Haddock) tout en permettant le mouvement.

Par contre, c’est 100 % déchet. Non-recyclable.

Deuxième problème de l’écologie : le rapport au temps. C’est bien parce qu’il fallait que je puisse continuer à gambader que je me suis mis ce bandage. Si je m’étais résolu à rester au calme, le pied en l’air, avec quelques compresses régulières de gaulthérie ou autres remèdes naturo, j’aurais pu faire naturel, bio et zéro déchet. Mais il m’aurait fallu une semaine de calme… Sacrifier mes jours de congés à soigner mon orteil traumatisé ? Voilà bien une idée d’écolo, non ?

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