Oui, le zéro déchet nécessite du temps, mais pas là où on le pense

Matériel pour le marché (Photo MH / SOSD)

Samedi, jour des courses pour la plupart des ménages français. Ceux qui ne pratiquent pas encore la commande sur le net et la livraison systématique (ou le drive) ont encore besoin de se rendre quelque part pour s’approvisionner en alimentation. Alimentation dont la part en argent et en temps dans le budget et le planning des ménages n’a fait que baisser ces dernières décennies. Alors que beaucoup de gens optent pour le supermarché, le samedi est pour nous (un des) jour(s) de marché.

La question du lieu, comme du type d’approvisionnement, est centrale dans la démarche zéro déchet. Mais en se concentrant sur la question du « facteur temps », c’est à une problématique beaucoup plus générale que l’on s’attaque. Car le temps du zéro déchet, c’est celui dont on dispose pour faire ses courses, ou plutôt le temps que l’on veut bien accorder à cette « corvée », mais c’est également le temps que l’on passe à travailler ou aux activités de loisirs, et celui que l’on consacre à cuisiner. Toute une réorganisation, c’est vrai.

« 10 fois les courses par semaine, pas pour moi »

Ces remarques ont été faites à Béa Johnson ou à d’autres qui ont beaucoup écrit sur le ZD. Un ami me l’a faite pas plus tard qu’hier : « Quand tu postes en pleine semaine une photo de knacks et de bonbons, certains peuvent se dire « elle fait 10 fois ses courses par semaine, moi je n’ai pas le temps, donc le ZD ce n’est pas pour moi ». Juste remarque qui mérite d’être traitée au plus vite.

Oui, Marc et moi ne travaillons plus à temps plein depuis quelques années. Un choix autant éducatif que structurel et idéologique pour nous deux. « Travailler plus pour gagner plus », ce n’est pas pour nous. Nous avons adapté nos besoins à nos moyens et décidé de prendre le temps d’avoir des engagements associatifs, de suivre une formation, de s’occuper des enfants et d’avoir du temps pour nous. Ce qui permet effectivement de faire des courses 2, 3, voire 4 fois par semaine, avant de récupérer les enfants à l’école, le mercredi après-midi avec eux, le soir après le travail ou le week-end, comme beaucoup. Des courses qui ne prennent que quelques minutes, pas très différentes (monceaux de déchets mis à part) de celles qu’effectue le travailleur urbain fatigué au restaurant de sushis du coin ou au Monop’Daily/Carrefour Market ou autre.

Jamais de gaspillage alimentaire

Ce mode de courses régulier nous permet notamment de ne pas allumer notre petit frigo en automne et en hiver et d’avoir des produits frais à cuisiner au quotidien. Quasiment jamais de gaspillage aussi. MAIS ! J’insiste sur ce point : pas besoin d’être à mi-temps ou mère au foyer pour faire ses courses sans générer de déchet ! Les achats alimentaires ZD reposent en effet sur deux principes :

  • le changement des habitudes,
  • l’anticipation.

D’abord, il faut changer ses habitudes ! Ce qui veut souvent dire laisser tomber le supermarché du coin ou l’hyper de la périphérie, à part pour les aliments qui y sont vendus en vrac ou à la coupe, et dont les équipes acceptent les contenants personnels. Il est donc souvent indispensable de faire ses courses à deux endroits minimum : dans un supermarché bio, généralement une bonne source d’approvisionnement pour le sec (céréales, oléagineux, pétales du petit déjeuner, etc.) ou dans une épicerie de vrac quand on est au centre-ville (Day by Day, le Bocal à la Krutenau, la Biocoop aux Halles…). Ensuite, pour le frais (fruits et légumes, viande, fromage, poissons…), il est hautement recommandé d’aller au marché au moins une fois par semaine.

Energie, bio, santé, bien-être

Pas besoin donc de fréquenter ces magasins 4 fois par semaine ! Une fois suffit, si on dispose d’un grand frigo et qu’on cuisine et congèle pour la semaine. C’est juste une autre façon de fonctionner que nous avons décidé de ne plus pratiquer. Parce que pour nous, le zéro déchet est un corolaire nécessaire mais pas suffisant d’une démarche plus globale, incluant des thèmes tels que l’énergie, le bio, la santé, le bien-être, ou l’importance de favoriser une économie locale.

Anticiper est un autre incontournable du ZD, surtout en alimentation. Pas question d’arriver au magasin ou au marché sans ses contenants, adaptés aux courses que nous allons effectuer. Pour le marché, j’emporte au moins un grand panier, une demi-douzaine de sacs en tissu et deux ou trois bocaux pour les produits animaux (quand j’en prends). Je reprends chaque fois le même matériel, que je remets progressivement dans le panier dans le courant de la semaine, une fois les aliments consommés. Pas de déballage des courses à faire, pas de poubelle à descendre et autant de temps de gagné !

Du temps gagné par-ci, réinvesti par-là

En plus, ça élimine de facto tous les achats surnuméraires qu’on pourra faire au supermarché en flânant dans les rayons et en étant attiré par telle ou telle promo ou plat préparé à la photo alléchante… Et occasionne de belles économies. Mais, et c’est là que le temps gagné par-ci doit être réinvesti par-là, ce type d’alimentation nécessite de cuisiner soi-même des produits bruts et de (ré)apprendre à faire crêpes, gâteaux, biscuits, compotes, etc. Il faut également se remettre à l’épluchage et au nettoyage des légumes : finis les sacs en plastique de haricots congelés ! Du temps pris sur autre chose, sur les heures passées devant la télé ou l’ordi parfois, sur le shopping ou la procrastination souvent, sur le travail et les transports en commun, quand c’est possible d’adopter un temps partiel ou des horaires flexibles.

On peut réduire ses déchets à peau de chagrin et éviter les achats inutiles sans consacrer beaucoup de temps aux courses, mais plus de temps en cuisine. Il est aussi nécessaire d’avoir – à un moment ou à un autre – investi du temps dans le questionnement de ses pratiques, un temps à revoir ses priorités, à changer de lunettes pour voir ce qu’on ne voit plus : tous ces gestes du quotidien qui nous semblent anodins (acheter un café à emporter dans une tasse jetable ici, attraper des bananes emballées dans un plastique là…) mais qui ont des répercussions infinies sur l’organisation globale de notre société, de notre économie, de notre environnement et de nos vies.

2 commentaires sur “2”

    1. Oui, il faut y aller petit à petit ! (Nous, on a mis 6/8 ans !) Tu peux déjà faire tes courses au marché plutôt qu’au supermarché, ça règle pas mal de problèmes ! 🙂

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