Pourquoi un an Sans objet et sans déchet ? [Episode 2]

Ô les jolies poubelles personnelles ! (Photo MH / SOSD)

1 – Parce que c’est facile. 

On n’est pas encore assez fort ou lucide pour lâcher tout et aller vivre dans les bois. Ni assez altermondialiste pour camper par – 15° dans le bois Lejuc avec les militants anti-nucléaire de Bure (déjà, nous n’avons pas encore pris le temps de passer une nuit au camp du Bishnoï contre le GCO alors qu’on vit à 20 kilomètres…). Et bien sûr, on est trop riche pour être confronté à la réalité de celles et ceux qui vivent la précarité et qui, eux, aimeraient bien pouvoir s’acheter les objets basiques pour améliorer leur quotidien. Il faut donc relativiser la difficulté de notre défi.

Pour moi, ce défi me rappelle celui du jeûne. Pouvoir passer une semaine à randonner sans manger rien de solide parait insurmontable (pas étonnant qu’il n’y ait que… 5000 jeûneurs-randonneurs réguliers en France). La nourriture est tellement centrale dans nos cultures, – France, pays de la gastronomie et de la bonne chère-, que ne rien manger ne peut relever que de la maladie mentale. Et pourtant, nous avons jeûné une première fois, il y a deux ans, et pour rien au monde désormais nous ne nous passerions de notre jeûne annuel, tant la détox qu’il assure nous fait du bien. Il y va de notre santé.

Le shopping, les objets et leur cortège de publicités et de marketing et de déchets…, éléments fondamentaux de nos cultures capitalistes occidentales. Le parallèle avec le jeûne est simple : une bonne cure de détoxication pour se sentir mieux. Ne plus acheter d’objet, c’est pour nous comme un jeûne. On a jeûné, on va pouvoir facilement relever ce nouveau défi.

Comme le jeûne était techniquement facile, notre défi Sans Objet, Sans Déchet (SOSD) le sera aussi, puisqu’il y a de plus en plus de solutions alternatives, à Strasbourg ou ailleurs. Non, je vous assure, c’est facile. C’est dans la tête que ça se joue.

2 – Parce que c’est rigolo.

Je me souviendrai toujours de la tête éberluée de ce vendeur de téléphones de la place Kléber, quand je suis venu il y a 3 ans changer de forfait, puisque je venais de troquer mon iPhone contre un Nokia, “juste pour téléphoner”. Un téléphone, quoi. Pas un robot hyper cher, prédateur de terres rares, démultiplicateur de déchets ultimes, hypnotiseur de gogols et flic par-dessus le marché, juste un téléphone pour téléphoner et, à la rigueur, envoyer des SMS. Même pas les MMS ? Non, même pas les MMS, merci.

Ou encore cette vendeuse de lingerie, à qui Marie demandait d’ôter les étiquettes de ses culottes et de ne pas les emballer dans un “papier protecteur”, encore moins de les lui donner dans une pochette de luxe…, et qui, avec beaucoup d’humour, lui a rétorqué : « Et je vous les chiffonne, aussi ? »

Bref, on sent qu’on va rigoler, tant il y a une forme de jouissance à prendre à revers le monde du marketing des objets et à déjouer ses multiples astuces, tout-à-fait superflues, pour nous garder dans son emprise.

3 – Parce que ça rend heureux.

Détox, santé, liberté, rire… Les recettes du bonheur, non ? Au bout de ce chemin, je suis persuadé que nous nous sentirons à la fois plus forts (yes, on l’a fait!), plus libres et autonomes parce que redevenus maîtres de nos besoins et parce qu’on aura trouvé des solutions moins dépendantes des objets et des achats, donc de nos ressources financières, pour vivre mieux.

Heureux aussi dans l’accomplissement de nos engagements écologiques, dans une forme  de cohérence ultime de tout ce que nous faisons depuis des années : sobriété énergétique, vélo, bio, transport en commun, minimalisme technologique,… Des changements de mode de vie individuels, qui ne doivent pas faire oublier la nécessité absolue des engagements collectifs politiques, professionnels ou associatifs, mais qui donnent la satisfaction d’être en cohérence avec ses convictions les plus intimes.

C’est aussi pour ça qu’on a choisi de faire ce défi sur un an et non seulement sur un ou quelques mois. Une durée trop courte ne permet pas d’être confronté à toutes les situations de choix que le quotidien nous imposera : vêtements, vacances, loisirs, école, anniversaires, etc. Là, sur un an, on va être bien servi et l’expérience sera complète.

Et puis, sur un an, les solutions alternatives que nous trouverons auront le temps de devenir de nouvelles habitudes de consommation, un peu comme avec le jeûne, qui ne sert à rien si vous ne changez pas vos habitudes de vie et repassez à l’intoxication.

Aujourd’hui, nos besoins nous sont dictés par les vendeurs d’objets, de toute nature, aidés par les algorithmes que nous acceptons d’installer dans nos vies. Dans un monde qui a perdu tout sens (quel sens donner au prix d’un joueur de football de 18 ans, vendu 180 millions d’€ par un club à un autre?), notre liberté est une illusion ; notre libre choix, un leurre. Et nous avons l’impression de toujours manquer.

En refusant cet esclavagisme moderne, nous ne manquerons de rien, ce qui est le début du bonheur.

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