Street Bouche : manger ZD dans un festival du jetable

Assiette en plastique : Suzanne, assiette en inox : Marc (Photos MH / SOSD)

Finger in ze noze, dirait l’autre. Je suis allé, ce week-end, au festival Street Bouche de Strasbourg. C’est un festival de food trucks, vous savez, ces camions-restaurants-snacks, sans lesquels une ville ne saurait se prévaloir d’être branchée (je sais plus si ça se dit comme ça, dans le langage des jeunes). Pour espérer être comparable à Londres, Paris, Berlin ou Barcelone, il faut des food trucks. Indispensable.

Festival de la vaisselle jetable

Pas vraiment le paradis du Zéro Déchet, les food trucks. Ils proposent de la (bonne) nourriture, sous forme de sandwiches ou de plats, de tapas ou d’assiettes. A emporter. Du coup, évidemment, c’est aussi un festival de vaisselle jetable et de poubelles remplies (à part pour les boissons, grâce aux désormais habituels gobelets réutilisables consignés).

Lieu de tous les dangers, donc, pour un adepte frais émoulu du Zéro Déchet. Sauf que j’y suis allé équipé : assiette en inox, gourde, couverts, serviette en tissu. Et c’est passé comme dans du beurre, avec ces dames sénégalaises qui m’y ont servi un excellent menu Lilly. Ma copine Suzanne, qui m’a fait découvrir ces spécialités de Dakar, n’a pas échappé à l’assiette en polystyrène, aux couverts en plastique et à la serviette en papier. C’était très bon, l’ambiance était super, le moment sympa. On peut donc rester Zéro déchet et se faire plaisir, dans un tel événement, à condition d’anticiper.

Poubelles régulièrement vidées sur le site du festival Street Bouche (Photo MH / SOSD)

Poubelles éparpillées sur le site, grosses bennes de déchets…

Comment éviter le festival de déchets sur un tel événement ? Peut-on demander aux festivaliers, qui se comptent par milliers, de faire comme j’ai fait, c’est-à-dire apporter leurs couverts ? Dans 10 ans peut-être, quand la vaisselle jetable aura été interdite. Peut-on imaginer, à cette échelle, un système de vaisselle réutilisable, qui s’étendrait des gobelets aux assiettes et aux couverts ?

Quand on regarde la logistique de gestion des déchets déployée lors de ce festival (poubelles éparpillées sur tout le site avec des jeunes employés qui passaient leur temps à les vider, déchets qui échappent aux poubelles et traînent par terre, grosses bennes de collecte, nettoyage du site en aval…), on peut peut-être imaginer autre chose, de plus vertueux, genre de la vaisselle réutilisable consignée avec une station de lavage sur site ? C’est techniquement possible, mais ça risque de coûter plus cher que la solution tout jetable.

Bennes de collecte au festival Street Bouche (Photo MH / SOSD)

Rêver d’une éco-conditionnalité

Nul doute que les organisateurs auront fait le calcul, mais ce festival est soutenu par la Ville de Strasbourg. On pourrait rêver que ce soutien soit conditionné par des critères écologiques, tels que, par exemple, la réduction des déchets à la source. L’aide serait plus importante si ces critères étaient remplis (ou l’inverse, moins importante s’ils ne le sont pas). On appelle ça l’éco-conditionnalité des aides publiques, ça ferait bien avancer le schmilblick, mais ça reste utopique, malheureusement.

Le Zéro déchet individuel, c’est bien, mais c’est insuffisant, si des solutions collectives ne sont pas recherchées et mises en oeuvre.

Nota : en marge de ce festival, on pouvait rencontrer divers acteurs culturels, « qui font la ville de demain ». Parmi eux, le fablab qui proposait, tenez-vous bien, une démonstration de fabrication de crêpes par une machine 3D. Vous entrez votre dessin de crêpe (en tête de clown, par exemple) dans l’ordinateur et la machine vous la fabrique. A quoi ça sert ? A rien. C’est même très con et je ne veux même pas parler de l’empreinte écologique de ce machin. Mais ça hypnotise les technolâtres (tous ceux que l’outil fascine plus que le sens) et on pourra bientôt l’avoir dans sa cuisine sur-équipée, c’est inéluctable.

9 commentaires sur “9”

  1. Je viens faire part de mon retour d’expérience !
    Des food-trucks il y en a partout dans le monde, et à certains endroits ce sont même des « food-court » extérieurs. C’est le même principe mais en fixe. Et assez souvent, dans ces derniers, c’est de la vaisselle lavable. Certes en plastique, mais réutilisable.
    Donc c’est bien faisable !
    Bon, peut être que c’était dans des pays où les règles d’hygiène sont moins strictes, donc le nettoyage de la vaisselle moins compliqué niveau normes et donc moins coûteux…

  2. Bien sûr que c’est faisable 🙂 Nous arrivons bien à faire venir une centaine de personnes à la fête de l’école primaire avec leurs assiettes et couverts pour réduire les déchets et faire gagner du temps aux bénévoles sur la vaisselle et ce depuis plusieurs années. Alors si une petite école de patelin y arrive, pourquoi pas la grande ville ou les autres manifestations campagnardes 😉 A nous de montrer l’exemple pour changer les mentalités… Sortez (les) couverts 😁

    1. Ah ah j’aime
      Étant membre de l’association des parents de mon école, et plus ancrée au bureau cette année, je souhaiterai bien inclure le ZD dans nos manif, mais pouaaaaa les mentalités dans un petit village c’est dur…. 🤔

  3. bonsoir, on fait au mieux et sur la taille de l’événement et l’origine des food trucks nous essayons au maximum de réduire les déchets et de sensibiliser les participants – nous n’avons pas réussi pour cette édition d’imposer au moins de la vaisselle compostable mais nous y travaillons pour l’année prochaine – car notre volonté et de réduire d’année en année et de faire mieux à chaque édition – si vous avez des solutions ou des propositions nous sommes ouverts à la discussion et prêts à connaitre des solutions alternatives de gestion des déchets que nous ne connaissons pas encore – vue que vous avez l’air d’être un spécialiste de la question 😉

    1. Bonjour, je ne doute pas de votre volonté de réduire les déchets (je le dis d’ailleurs dans mon billet) et je vous félicite pour l’organisation de cet événement bien réussi. Je ne m’érige pas non plus en spécialiste du zéro déchet, l’intérêt d’une démarche comme la nôtre étant de diagnostiquer nos comportements, d’expérimenter des solutions pratiques, de les partager et de susciter le débat collectif autour de cette question de la réduction des déchets. Pour vous accompagner dans vos recherches d’amélioration, il y a une association que je vous recommande : Eco-manifestation en Alsace, que vous connaissez peut-être (et bien sûr Zéro déchet Strasbourg). Bonne continuation !

      1. Eco manifestation avec qui nous sommes en relation était censé venir participer au festival et zéro déchets estiment qu’il ne vaut pas la peine de venir nous filer un coup de main puisque nous avons trop de déchets…

        1. A la décharge d’EMA et de ZD Strasbourg, la problématique Déchets des manifestations très grand public, accueillant plusieurs milliers de personnes, est très lourde. On peut bien sûr demander aux participants de venir avec leurs couverts, mais il y en aura toujours qui ne le feront pas (une grande majorité, je pense, tant que le ZD ne sera plus populaire). Donc, l’alternative, c’est bien de mettre en place un système de vaisselle réutilisable consignée, par extension de celui qui existe pour les gobelets (et qui, lui, est désormais entré dans les moeurs). Qui s’y colle, pour expérimenter un tel système ? Appel aux volontaires ! Peut-être y aura-t-il une collectivité pour aider à l’étudier et à le tester (EMS, Ville, ADEME…) ?

  4. Dans le même genre Bio’bernai
    Le repas de midi a été rude pour moi à la vue de tous ces déchets!
    Et tu commandes des crêpes sans papiers…. tu parles dans le vide…

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